2013_N° 01

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Articuler Intelligence et Compétence dans les Organisations

Coordinateurs : Daniel Bonnet, Nathalie Tessier, Patricia David

ISBN : 978-2-9547820-0-3

EDITORIAL

Ce premier numéro publie une sélection de textes présentés au cours de la Journée de Recherche organisée par l’Institut Psychanalyse & Management en Mai 2012, en partenariat avec l’école de Management ESDES à Lyon, sur le thème de l’articulation de l’intelligence et des compétences.

Les recherches sur le thème de l'intelligence peinent à se développer dans la discipline des Sciences de Gestion. Le management des organisations, quant à lui, a fait de la compétence son crédo. Par ailleurs, la relation avec le fonctionnement psychique est principalement traitée sous l’angle du comportement organisationnel. Les articles publiés dans ce premier numéro témoignent de la difficulté à aborder leurs articulations.

Les facultés intellectuelles permettent de développer et de mobiliser les compétences; elles sont nécessaires pour s'adapter, innover, inventer. Le développement des facultés d’adaptation est au centre des préoccupations du management mais, la connaissance du processus du développement des facultés intellectuelles qui rendent l'entreprise apprenante, reste un angle mort de la recherche. La notion de l'entreprise apprenante ne doit-elle pas évoluer, si l'entreprise n'apprend pas dans les seuls creusets de l’expérience et des compétences ?

Piaget étudiait soigneusement les travaux de Freud (Piaget, 1933 ; Baudoin, 1950 ; Dolle, 1977, 1987 ; Tran-Thong, 1992). Antérieurement les travaux de Decarie-Gouin (1962) ont contribué à éclairer la convergence entre les stades intellectuels et les stades affectifs, sous quelques réserves, notamment concernant le problème de l’origine de la construction des représentations. La préface de Piaget à Decarie-Gouin (1962) est à cet égard éclairante : quand à propos de mes recherches, si on s’accorde à reconnaître qu’elles sont orientées dans la direction de l’expérience… Piaget félicitait l’auteur pour avoir recherché la connexion entre les relations objectales et le schème de l’objet permanent, en insistant sur la nécessité de vérifications expérimentales dans le domaine de la psychanalyse, et en rappelant que celles-ci sont parvenues trop tardivement pour être utiles à ses propres travaux (Ibid. : 5).

Il y a peu de travaux de recherche qui établissent un lien entre les structures cognitives et les structures affectives. De Saussure (1933) estimait que malgré des perspectives de recherche différentes, les résultats entre les travaux de Piaget et de Freud convergeaient, en soulignant que Freud cherchait à comprendre les opérations mentales, tandis que Piaget s’intéressait aux opérations cognitives (Tran-Hong, 1992). Mauco (1938, 1947), mais aussi Odier (1947, 1950) estimaient que Piaget a subi les influences de la pensée de Freud. Anna Freud (1956) a considéré qu’il y avait des différences importantes sur tous les points, mais que s’il y avait bien également des convergences, ce serait plutôt l’opinion des psychanalystes qui est partagé.

En fait, une autre difficulté de taille surgit, qui oppose deux visions, l’une duale, l’autre moniste. Le chercheur s’accommode de la vision duale, puisqu’il découpe son objet de recherche. Mais, si l’unité de l’intelligence et de la compétence est à rechercher dans la causalité, et qu’il s’agit pour le manager de considérer son effectivité, alors cette unité doit être effectivement recherchée en dehors de toute limitation du temps et de l’espace. Il s’agirait donc de réintroduire une théorie de l’espace en Sciences de Gestion, en cela conforme à la vision de Piaget. Il est un concept qui le permet, sur lequel les chercheurs peuvent tomber d’accord ; c’est le concept de l’activité. Reste que même pour Schopenhauer (1819, 1844, 1859, 2009), il n’était pas souhaitable que l’intelligence fût dépendante de la seule volonté. C’est l’intelligence qui permet au génie de s’émanciper, soulignait-il (Ibid., 2009).

Il faudrait sans doute relire Platon pour qui la démarche scientifique procède des actes d’intellection et permet d’accéder aux Idées, et surmonter un obstacle méthodologique : Fouillée (2002) écrit à ce propos que c’est l’induction qui fournit à la déduction ses principes. L’Idée est posée comme principe nécessaire de toute pensée.

Daniel Bonnet
Directeur de la publication

SOMMAIRE

Georges Botet-Pradeilles
Cum Grano Salis
Au-delà du savoir-faire compétent et du management corrects : "Libido Sciendi" ou le goût de l'intelligence
Jean-Benjamin Stora, Georges Botet-PradeillesPsychanalyse & management face à la question de l'intelligence
Jean-Marie DolleIntelligence, savoir et connaissance : Le cheminement de la pensée de Jean Piaget
Dominique Drillon, Georges Botet-PradeillesL'intelligence : un don souvent gâché
Khaled ArousLe management de l'évaluation individuelle : étude des grandes entreprises
Patrick Haim, Laurence BouveresseDynamique fonctionnelle au service du management par l'intelligence
Jérémie GorgetFace à un dysfonctionnement organisationnel, la lecture des grands auteurs de référence en management fait-elle partie des réflexes cognitifs des managers
Corinne BaujardIntelligence organisationnelle : exploration de nouvelles modalités de formation dans la transmission des connaissances
Bernard GuillonL'influence de l'intelligence "technique" sous l'angle de l'innovation sur les compétences des créateurs, des fabricants et des utilisateurs : des pionniers de la compétence créative à une "ovalisation" des boucles rétroactives de l'expérience
Olfa GreselleL'intelligence collective : une méta-compétence ? Du management par les compétences au management de l'intelligence collective
Daniel BonnetPilotage de la transformation dans l'espace : un cas de pilotage d'équilibration dans les pôles "assimilation-accommodation"
Thibault de SwarteQuand l'intelligence rationnelle abîme les compétences organisationnelles : Citron Télécom et la question de l'imaginaire (1980-2012)
Beranrd KitousSéparation en intelligence ? Les intelligences de la séparation

@ Institut Psychanalyse & Management, 2013
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CONTRIBUTIONS

Une première série de cinq textes constituent les prolégomènes. La seconde partie, « conscrescere »,  réunit sept textes caractéristiques de travaux dans le donné de recherche. Enfin, trois textes en troisième partie définissent un épilogue.

Jean-Marie DOLLE est professeur émérite de l’Université Lumière Lyon 2 (psychologie génétique et cognitive), lauréat de l’Académie Française. La contribution de J.M. Dolle, « Le cheminement de la pensée de Jean Piaget », rappelle les fondements de l’épistémologie génétique qui trouve sa source dans les travaux de Jean Piaget, relatifs au développement cognitif du sujet et son adaptation dans le milieu. Jean Piaget a consacré sa vie à l’étude de la genèse des structures de l’activité de connaissance, qu’il appelait « genèse de l’intelligence ». Ces travaux fondent la psychologie génétique. Mais J.M. Dolle montre que cette œuvre s’étend largement au domaine de la pédagogie, et introduit la notion de « psycho pédagogie » en management.

Georges BOTET-PRADEILLES est docteur en psychologie cognitive et psychanalytique. Ses recherches ont contribué à la connaissance "de l’approche opératoire et psychanalytique des processus cognitifs". Il a dirigé plusieurs établissements pour adolescents et adultes en difficultés. Ecrivain, il est président honoraire de l’I.P&M. Dominique DRILLON est professeur de management à La Rochelle Business School et psychanalyste. Il est président d’honneur de l’I.P&M. Leur contribution « L’intelligence : un don souvent gâché », éclaire le rapport entre l’intelligence et l’affectif, en remontant à sa source psycho-physiologique. Dans le champ de la psychanalyse, ils entrevoient la définition de l’intelligence comme transgression libidinale sublimée ? Un premier texte de Georges Botet-Pradeilles, « Cum Grano Salis », puis un second, « Libido Sciendi », permettent préalablement de distinguer ce qui relève de la compétence et de l’intelligence. Puis, il examine avec Jean-Benjamin Stora la question de l’intelligence dans le champ de la psychanalyse. Jean-Benjamin STORA est psychanalyste, psychosomaticien. Doyen honoraire d’HEC, il a présidé plusieurs sociétés savantes, parmi lesquelles l’Institut de Psychosomatique Pierre Marty et la Société Française de Médecine Psychosomatique.

Khaled AROUS est docteur en Sciences de Gestion, chercheur au Centre de Recherche et d’Etudes en Gestion (CREG) à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA). Sa contribution a pour objet « Le management de l’évaluation individuelle au sein de grandes entreprises en Tunisie ». La recherche propose un grille d’évaluation qualitative de la performance individuelle sur le couple « compétences – Intelligence ». L’évaluation proposée avec cette grille intègre l’analyse de la capacité de l’acteur à modifier et adapter ses compétences, et consécutivement la capacité de l’entreprise à procéder à une évaluation dans une logique de développement des compétences.

Patrick HAIM, professeur à France Business School Campus de Poitiers, et Laurence BOUVERESSE, chercheure au CREPA Paris-Dauphine, proposent une recherche sur le thème de la « Dynamique fonctionnelle au service du management de l’intelligence », réalisée au sein de trois centres d’appels. La recherche fait ressortir la nécessité d’une transformation profonde des contextes et des pratiques de management dans ces entreprises pour intégrer ne serait-ce qu’une évaluation intelligente des compétences. La recherche propose à ce titre un modèle et un projet que la direction a envisagé d’étendre sur ses différents sites.

Jérémie GORGET est doctorant au laboratoire I.C.I à l’Université de Bretagne Ouest. Sa contribution, « Face à un dysfonctionnement, la lecture des grands auteurs de référence en management fait-elle partie des réflexes cognitifs des managers », montre que les managers lisent peu, ou ne se réfèrent à aucun ouvrages de référence, en vue d’améliorer leurs connaissances et leurs compétences. La recherche est réalisée dans une grande entreprise industrielle du secteur aéronautique. Dans cette entreprise, les managers n’ont pas même une définition claire de la notion de management.

La recherche de Corinne BAUJARD, Maître de Conférences HDR à l’Université d’Evry Val d’Essonne, qui propose « Intelligence organisationnelle : Exploration des nouvelles modalités de formation dans la transmission des connaissances », explore l’impact des outils technologiques mise en œuvre pour le développement de la formation dans des contextes où les politiques de formation doivent elles-mêmes s’adapter pour faire face aux changements stratégiques et organisationnels. La recherche montre que la transmission des connaissances consiste essentiellement en la restitution de la connaissance capitalisée par les outils.

Bernard GUILLON, Maître de Conférences HDR à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour et directeur de recherche au CREG, propose «  L’influence de l’intelligence technique sous l’angle de l’innovation sur les compétences des créateurs, des fabricants et des utilisateurs : des pionniers de la compétence créative  à une ovalisation des boucles rétroactives ou de l’expérience ». Le terrain est constitué par des communications présentées au colloque Oriane, qui permettent d’analyser le lien entre l’innovation et l’intelligence technique. Cette recherche modélise, au travers de la notion d’ovalisation des boucles de rétroaction entre les acteurs sur une filière industrielle, le lien entre l’intelligence (technique, innovatrice) et les compétences.

Olfa GRESELLE, Maître de Conférences à l’IAE de l’Université de Lorraine et chercheure au CEREFIGE, propose un état de la connaissance sur le concept de l’intelligence collective, ainsi qu’une évaluation de son utilité managériale. L’intelligence collective apparaît comme une méta-compétence pour l’organisation, pour autant qu’elle fasse l’objet d’un pilotage managérial efficace, tout particulièrement dans des contextes de management de projets.

Daniel BONNET est chercheur associé à l’ISEOR et au centre de recherche Magellan de l’Université jean-Moulin Lyon 3. La recherche proposée explore la problématique de l'émergence d'une connaissance nouvelle, nécessaire à l'adaptation, dans une situation où le sujet est soumis à un conflit d'ambivalence conduisant celui-ci à élaborer des stratégies maintenant son adaptation en suspension. Le contexte est celui d’une fusion au sein d’un consortium de coopératives agricoles. La recherche montre que le réglage du processus de la transformation à un niveau cognitif supérieur à atteindre pour se décentrer de l'activité perceptive, est subordonné à la qualité des matériaux de la connaissance.

Thibault de SWARTE est Maître de Conférences HDR à l’Institut Mines-Télécom. Sa recherche montre comment l’emprise du synthome (Lacan), à savoir ce qui fait tenir ensemble l’imaginaire, le réel et le symbolique au sein d’une organisation, peut constituer un facteur de contingence limitant considérablement la rationalité de l’acteur, et de surcroît de tout ce qui s’articule dans cet ensemble (l’apprentissage organisationnel, l’intelligence collective…). Le terrain est une grande entreprise du secteur des télécommunications.

La recherche de Bernard KITOUS, professeur à l’Institut de Sciences Politiques de Rennes et chercheur à l’EHESS-CEMI, conclut ce recueil de travaux. Comment aborder des réalités qui impliquent les sentiments, les affects, les émotions ? La Science doit prendre garde de ne pas assécher la dimension intellectuelle. Que se passe-t-il dans la tête d’un cadre en situation de rupture avec son entreprise au sein de laquelle il a consacré une longue partie de sa vie professionnelle et qui doit envisager la séparation intelligemment ? Il est parfois nécessaire de se séparer pour continuer à vivre intelligemment…

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